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8 Juillet 2008
Services financiers islamiques au Canada : évolution récente et perspectives à long terme

Stuart Carruthers

Comme dans beaucoup de pays occidentaux, la notoriété et la disponibilité des services financiers islamiques continuent de croître au Canada, mais à un rythme qui demeure assez modeste. Bien qu'il existe au Canada certains produits qui respectent la charia, ils sont peu en demande et aucune grande institution financière n'offre encore une gamme étoffée de produits ou de services financiers islamiques. Toutefois, compte tenu de la croissance de la population islamique au pays, le potentiel de développement du marché des services financiers islamiques au Canada est suivi de près par les institutions financières canadiennes, les autorités de réglementation, les organismes gouvernementaux, les conseillers professionnels et les médias. De plus amples renseignements sur les services financiers islamiques figurent dans les bulletins Actualités - Services financiers de mai 2007 et de janvier 2008

Tout comme au Royaume-Uni, la population musulmane canadienne a récemment connu une forte croissance, passant d'environ 253 000 personnes en 1991 à entre 800 000 et 1 000 000 en 2006. D'ici 2017, les Canadiens musulmans devraient représenter entre 3,7 % et 4,9 % de la population totale. Plus jeune et plus scolarisée que la population en général, la population musulmane se concentre dans les grandes villes du Canada. Par conséquent, on s'attend à une augmentation de la demande pour les services financiers islamiques au Canada dans les années à venir, ce qui créera éventuellement des occasions d'affaires extrêmement intéressantes pour les entreprises de services financiers prêtes à servir cette communauté en croissance.

Le contexte financier et économique canadien

Un certain nombre d'autres facteurs peuvent également soutenir la croissance des services financiers islamiques au Canada à long terme. Le Canada continue de jouir d'une bonne stabilité économique et politique et il n'a pas subi, de manière générale, les troubles que les prêts à risque élevé et le resserrement du crédit ont provoqué aux États-Unis. En outre, la solvabilité de la plupart des grandes institutions financières, notamment les grandes banques et les groupes d'assurance vie, est assujettie au contrôle réglementaire du Bureau du surintendant des institutions financières (Canada) (le « BSIF »), une autorité à la vision mondiale, qui surveille la conduite des grandes banques sur le marché. Le Canada compte par ailleurs sur une société très multiculturelle et tolérante, une monnaie qui s'apprécie rapidement, un système de lois et de règlements bien établi, une politique étrangère neutre et équilibrée et des traités fiscaux avantageux avec certains États du golfe Persique.

Situation actuelle

Même si certaines questions liées aux services financiers islamiques au Canada ont récemment fait l'objet d'une couverture médiatique, ces services demeurent peu populaires. Comme il en a été souvent question dans les médias, un prêteur hypothécaire islamique ontarien, UM Financial, annonce depuis un certain temps son intention de lancer un ensemble de produits en collaboration avec une grande institution financière canadienne. Aucune suite n'a été donnée à cette annonce jusqu'à présent. Une grande banque offre des billets liés à la charia par l'entremise de sa division de gestion privée et, en 2004, elle a offert un produit de placement de détail semblable dans ses succursales. Le groupe de sociétés d'assurance Co operators, de son côté, offre certains produits d'assurance islamiques, et des fonds communs de placement islamiques ont également été vendus au Canada. Beaucoup de ces produits ont cependant disparu, notamment une famille de fonds offerts par un groupe de premier ordre dont la vente a cessé en 2006 avec uniquement 6,1 millions de dollars canadiens d'actifs sous gestion.

Dans l'ensemble, l'activité dans le secteur est encore plutôt marginale et aucune institution financière importante n'offre actuellement une gamme étoffée de services financiers islamiques. On suppose que l'important resserrement du crédit et l'exposition aux prêts hypothécaires à risque élevé, même s'il ne s'agit pas de problèmes aussi cruciaux au Canada qu'aux États-Unis, monopolisent actuellement l'attention des grandes institutions financières canadiennes.

Quoi qu'il en soit, le BSIF a reçu un certain nombre de demandes d'agrément de la part de banques nouvellement constituées qui désirent offrir des services financiers islamiques. Même si certaines de ces demandes en sont vraisemblablement à un stade avancé, leur étude semble suspendue dans l'attente de la réponse d'un groupe de travail du gouvernement fédéral constitué l'an dernier pour examiner la question des services financiers islamiques sur le marché canadien. Signalons par ailleurs que la Société canadienne d'hypothèques et de logement, société d'État fédérale, s'intéresse aussi aux services financiers islamiques, ayant lancé plus tôt cette année une demande de propositions de recherches sur le sujet. Cette demande a suscité une certaine controverse et a fait la chronique des médias. UM Financial et d'autres soutenaient une telle recherche, alors qu'au moins un autre groupe islamique canadien la critiquait.

Perspectives d'avenir

Le Canada est toujours quelques pas derrière le Royaume-Uni, qui, à son tour, fait de lents progrès en matière de services financiers islamiques. Il ne faut probablement pas s'attendre à une évolution rapide de la situation au Canada, même si les perspectives démographiques sont excellentes. Les mêmes problèmes structurels définis au Royaume-Uni par la Financial Services Autority's dans son document de travail de novembre 2007 sur la situation des services financiers islamiques dans ce pays se retrouvent au Canada. Même si de nombreux acteurs ont déjà manifesté un grand intérêt envers eux, ces éventuels produits devront être extrêmement concurrentiels pour réussir à percer le marché canadien.

On peut probablement s'attendre à ce qu'une ou plusieurs grandes institutions financières internationales avec des composantes islamiques offrent des produits hypothécaires de détail au Canada, à ce que les banques de taille moyenne et les coopératives de crédit offrent des produits hypothécaires au Canada, à ce que les grandes banques canadiennes percent le marché de détail et, à plus long terme, à la constitution d'une ou de plusieurs banques islamiques canadiennes.



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Cette publication ne vise qu'à fournir des renseignements généraux et ne doit pas être considérée comme un avis juridique.